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    Tes mains

    .Entre deux branches d’arbre, dans un creux, un cocon.

    Tes mains

    Un homme l’observe. Il devine une ouverture minuscule dans cet œuf qui ressemble à un ongle d’écorce. Un papillon, bientôt, va naître. L’homme le voit, qui s’insinue par ce trou trop menu pour lui, et qui s’efforce, et qui s’échine, un  millimètre après un autre, et qui semble tant s’épuiser qu’il s’arrête, à demi sorti.

    Tes mains

    « La pauvre bête n’en peut plus, se dit l’homme. Je vais l’aider. » De la pointe de son canif il élargit la porte étroite. Le papillon, d’une poussée, vient au monde enfin, se délivre, mais son corps est gonflé, pesant, et ses ailes sont trop petites, elles paraissent ratatinées. L’homme pense qu’elles vont bientôt se déployer, et que ce ventre qui se traîne, obèse, disgracieux, va perdre ce poids qui l’encombre, mais non, le papillon est informe à jamais.

     

    L’homme ne savait pas que l’insecte, pour vivre, avait besoin de son combat, que son effort exténuant contre l’exiguïté du seuil poussait le liquide du corps vers les ailes encore chétives pour leur donner leur force, leur exacte beauté, leur juste dimension. Il avait cru bien faire, comme nous qui voulons aplanir les obstacles devant les pas de nos enfants. Ils n’en seront pas plus heureux et risquent d’en rester infirmes.

    Tes mains 

    Henri Gougaud

     

     

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